48 heures qui ont amené le cinéma de l'IA à Cannes
Retour sur la 2e édition du Festival mondial du film sur l'IA
Les 21 et 22 avril 2026, Cannes a vécu deux journées inoubliables qui resteront sans doute gravées dans les mémoires comme un tournant pour le cinéma d'intelligence artificielle. Quatre lieux emblématiques animés à travers la ville, quatorze prix décernés, près de trente partenaires engagés, un festival présidé par Gong Li, avec Claude Lelouch comme président d'honneur, un jury dirigé par Agnès Jaoui et Jean-Michel Jarre comme ambassadeur : la deuxième édition du Festival mondial du film d'intelligence artificielle a confirmé qu'une nouvelle forme d'art cinématographique avait enfin trouvé sa place sur la scène internationale. Voici le récit de cet événement, en quatre actes.
Acte 1 — Mardi 21 avril : Cannes ouvre ses portes au cinéma d'intelligence artificielle
Sous le doux ciel printanier de Cannes, la deuxième édition du WAiFF s'est ouverte dans une atmosphère à la fois solennelle et électrisante. Jeunes cinéastes, studios d'animation, producteurs et journalistes spécialisés se sont réunis dans quatre lieux emblématiques de la ville, proposant simultanément projections, masterclasses, tables rondes et soirées de gala.
L'Espace Miramar a accueilli les conférences professionnelles et les séances plénières, le Cinéma Les Arcades a organisé les projections publiques en compétition, l'hôtel JW Marriott est devenu le lieu de rendez-vous des déjeuners VIP et des rencontres professionnelles, tandis que le Palais des Festivals a servi de cadre aux cérémonies officielles et aux événements de gala.
Dès les premières minutes, le ton était clair : WAiFF ne se positionnait ni comme une chambre d’écho techno-optimiste aveugle, ni comme un tribunal condamnant les excès de l’IA. Au contraire, le festival défendait un cadre exigeant, transparent et ouvert, conçu pour distinguer les œuvres qui utilisent l’IA comme un outil de celles qui en font leur sujet.
À 10h30, Jean-Michel Jarre, ambassadeur du festival, a inauguré les Pro Talks avec une conférence intitulée « IA : l’imagination augmentée ». Le légendaire compositeur d’ Oxygène a inscrit l’intelligence artificielle dans la longue évolution historique des outils cinématographiques — de la couleur et du son au cinéma numérique — défendant l’idée d’un nouveau langage à maîtriser plutôt que d’une menace à combattre.
L'après-midi s'est poursuivie avec une conférence de Mathieu Kassovitz sur le cinéma hybride, suivie de deux tables rondes importantes de l'industrie : « Création artistique : ce que l'IA peut vraiment faire », animée par Serge Hayat (Ozma Labs), et « IA et cinéma : qui bénéficie de la valeur ajoutée ? », animée par Eric Lentulo, avec des intervenants tels que Cécile Lacoue (CNC), Caroline Cooper (Sky Entertainment), Mauro Martani (PlusOne) et Laurent Jaoui (TéléFan).
Mais c'est la soirée qui a véritablement laissé une impression durable.
Au Palais des Festivals, la soirée d'ouverture a réuni partenaires, jurés, nominés et invités VIP autour d'une performance live inédite : l' Orchestre symphonique de Séoul, accompagné en temps réel par OOVIE Studios, dont l'intelligence artificielle générative a créé des visuels cinématographiques synchronisés au tempo des musiciens. Pendant huit minutes inoubliables, le Palais a découvert le potentiel du cinéma en temps réel grâce à l'intelligence artificielle. Le public s'est levé d'un seul homme.
Acte 2 — Mercredi 22 avril : Remise des prix et débats au centre de la scène
La deuxième journée s'est ouverte sur l'une des conférences plénières les plus attendues du festival. Johann Choron, responsable de l'IA générative chez Google France, et Sarah Cledy (responsable des affaires publiques chez Google France) ont abordé l'une des questions les plus pressantes auxquelles est confronté le secteur : « Droit d'auteur et IA : quel avenir ? »
Leur intervention a donné le ton aux discussions qui ont suivi, notamment au Panel 3 — « IA, création et droit d’auteur : et si nous prenions enfin une décision ? », animé par Sarah Lelouch (TechCannes), avec Agnès Jaoui, Mathieu Kassovitz, Jérôme Enrico (président d’ARP), l’avocat allemand spécialisé en IA Tim Kraft et Gali Meiri (Taasiya).
Plus tard dans l'après-midi, deux autres panels remarquables ont exploré l'avenir du divertissement basé sur l'IA :
- « Créer un studio d’IA », animé par David Defendi, avec Nancy Hamilton, Zack London et Fabrice Nadjari.
- « Retour vers le futur : la transformation du divertissement par l'IA », animé par Rémi Tereszkiewicz, avec la participation de Joanna Popper, Elodie Polo-Ackermann (Mediawan) et Gregg Bywalski (Webedia Creators).
Les conversations n'étaient pas édulcorées — et c'était précisément ce que les participants étaient venus chercher.
Ce soir-là, le Palais des Festivals s'est animé pour la cérémonie officielle de remise des prix, où quatorze prix ont récompensé les œuvres et les talents exceptionnels de cette édition.
Liste complète des récompenses
- 🏆 Meilleur WAiFF film — Costa Verde, réalisé par Léo Cannone
- 🏆 Meilleur long métrage d'intelligence artificielle — Napoléon III – Le Prix de l'audace, réalisé par Édouard Jacques
- 🏆 Meilleur film d'action avec intelligence artificielle — A Story for One Dollar, réalisé par Qiu Sheng
- 🏆 Meilleur film fantastique sur l'IA — Costa Verde, réalisé par Léo Cannone (double lauréat)
- 🏆 Meilleur film d'animation réalisé avec une intelligence artificielle — La Sélection mécanique, réalisé par Jules Blachier
- 🏆 Meilleure micro-série IA — Devoured, par Eun Young Lee et Heui Song Son
- 🏆 Meilleur film émotionnel sur l'IA — The Beginning, réalisé par Ibraheem Diab
- 🏆 Meilleur film d'art et d'essai (8e Art Award) (présenté par Genario) — Present, réalisé par Dario Cirrincione
- 🏆 Meilleur film jeunesse (présenté par le département des Alpes-Maritimes) — Rendez-vous, réalisé par Marius Doicov
- 🏆 Meilleur premier film d'IA (présenté par ClapAction) — Another Detail, réalisé par Denis Larzillière
- 🏆 Meilleur film publicitaire IA (présenté par Studio Laffitte) — La vie est un voyage, réalisé par Aurélien Bigot
- 🏆 Meilleure musique originale d'IA — Vapor, par Fabio Bonvicini
- 🏆 Prix de la presse — The Weaver of Shadows, réalisé par Anne Horel
- 🏆 Prix CapCut — Apocalypse, l'art de Tovar, par Nyko Oliver
Acte 3 — Les voix qui ont défini la deuxième édition
S’il ne fallait retenir que deux images de cette édition, l’une serait sans aucun doute celle de Gong Li, président du Festival 2026, s’adressant au public depuis la scène.
L'autre événement serait la cérémonie de clôture, présidée par le prestigieux jury du festival. Agnès Jaoui, présidente du jury, était entourée de personnalités de renommée internationale, parmi lesquelles Aïssa Maïga, Reza Sixo Safaï (cofondateur de Massive Studios), Elsa Zylberstein (actrice française de renom), Nam Na-young (monteuse de Squid Game), Serge Hayat (Ozma Labs), Ruby Yang (réalisatrice de documentaires oscarisée), Joanna Popper (Lion d'or VR à Venise) et le producteur italien Roberto Amoroso.
Ce rassemblement représentait bien plus que du prestige.
Cet événement a marqué un tournant : des figures majeures du cinéma international se sont ouvertement emparées de l'IA, non plus comme d'une menace, mais comme d'un nouveau langage artistique à explorer. Le fait que Gong Li – honorée à Cannes, Venise, Berlin et Shanghai, et nommée Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres en France – ait accepté de présider un festival consacré au cinéma d'IA constitue l'un des signaux les plus forts que l'on puisse imaginer pour ce mouvement émergent.
Acte 4 — Les chiffres derrière l'édition
Deux jours de programmation festive
dans quatre lieux emblématiques de Cannes : Palais des Festivals, Espace Miramar, Cinéma Les Arcades et JW Marriott.
Quatorze prix seront organisées
. Cinq tables rondes Pro Talks et des conférences plénières majeures
de trente intervenants sur scène : cinéastes, dirigeants, chercheurs et juristes.
Près de trente partenaires institutionnels, médias et privés soutiennent le festival.
Le jury, composé de onze membreset présidé par Agnès Jaoui, sera composé
Ces chiffres ne sont pas communiqués par simple fierté, mais pour rendre une réalité tangible :
Un festival mondial de films sur l'intelligence artificielle est possible — et il a toute sa place à Cannes.